Smith arrive premier au Royaume-Uni avec une avance qu’aucun autre nom n’approche, et six des dix premiers signifient simplement « fils de ». Quatre d’entre eux sont gallois, ce qui n’est pas un hasard : le pays de Galles a adopté les noms héréditaires trois siècles après l’Angleterre, en puisant dans une réserve minuscule. Voici le classement, ce que chaque nom désignait, et la mécanique des terminaisons en -s, -son, Mac et O’.
— Les incontournables
— Notre sélection
Explorer aussi
Les dix noms les plus portés, et ce qu’ils désignaient
| # | Nom | Type | Ce qu’il désignait |
|---|---|---|---|
| 1 | Smith | Métier | Le forgeron, du vieil anglais smitan, frapper |
| 2 | Jones | Filiation galloise | Fils de John, avec le -s qui remplace le vieux ap |
| 3 | Williams | Filiation galloise | Fils de William, prénom apporté par la conquête normande |
| 4 | Brown | Sobriquet | La couleur des cheveux ou du teint |
| 5 | Taylor | Métier | Le tailleur, du normand tailleur passé dans l’anglais médiéval |
| 6 | Davies | Filiation galloise | Fils de David, saint patron du pays de Galles |
| 7 | Wilson | Filiation anglaise | Fils de Will, diminutif de William |
| 8 | Evans | Filiation galloise | Fils d’Ifan, la forme galloise de Jean |
| 9 | Thomas | Prénom | De l’araméen te’oma, le jumeau. Très porté au pays de Galles |
| 10 | Johnson | Filiation anglaise | Fils de John, la version anglaise de ce que Jones dit en gallois |
Deux observations sur ce tableau. La première, c’est la domination de la filiation : six noms sur dix disent « fils de », et deux d’entre eux, Jones et Johnson, disent exactement la même chose dans deux langues. La seconde, c’est le poids gallois : quatre entrées sur dix viennent d’un pays qui pèse moins de 5 % de la population britannique.
Un mot sur l’actualité du classement : les relevés récents font entrer Patel et Singh dans les tout premiers rangs, devant plusieurs noms historiques. Ils racontent les migrations du vingtième siècle depuis le sous-continent indien, exactement comme Garcia et Martinez racontent l’Espagne dans le sud de la France.
Que dit la forme du nom ?
Six signatures, six régions d’origine probable. Ouvrez celle qui correspond.
Il se termine par -s (Jones, Williams, Davies, Evans, Roberts, Hughes, Griffiths)▲
C’est la marque galloise. Ce -s final est un génitif : le fils de John, de William, de David. Il a remplacé le vieux ap quand le pays de Galles est passé aux noms héréditaires, et c’est la méthode qui a produit le plus de patronymes gallois.
Il se termine par -son (Johnson, Wilson, Robinson, Thompson, Jackson)▼
Même sens, autre langue : le fils de. Cette forme est nettement plus dense dans le nord de l’Angleterre, où l’empreinte scandinave est la plus forte. Jones et Johnson sont le même nom, l’un en gallois, l’autre en anglais.
Il commence par Mac, Mc ou O’▼
Encore la filiation, en gaélique cette fois. Mac signifie fils, et l’apostrophe de O’ vient de Ó, le petit-fils ou le descendant. Mac et Mc renvoient à l’Écosse comme à l’Irlande, O’ est une signature irlandaise. Contrairement à une idée reçue, Mc n’est pas la forme irlandaise et Mac l’écossaise : ce sont deux abréviations du même mot.
Il commence par P- ou B- (Price, Powell, Pritchard, Bevan, Bowen)▼
Ce sont des contractions galloises, et elles sont invisibles pour qui ne connaît pas l’astuce. Ap Hywel a donné Powell, ap Rhys a donné Price, ap Richard a donné Pritchard, ab Evan a donné Bevan et ab Owen, Bowen.
La règle : ap se soude en P, ab se soude en B. Une lettre, et tout le patronyme change de visage.
C’est un métier (Smith, Taylor, Wright, Cooper, Baker, Turner, Walker, Clark)▼
L’anglais a conservé le mot du métier tel quel, ce qui rend ces noms transparents : wright l’artisan du bois, cooper le tonnelier, turner le tourneur, clark le clerc.
Quelques-uns sont devenus opaques : walker désignait celui qui foulait le drap aux pieds, fletcher le fabricant de flèches, chandler le marchand de chandelles.
C’est un lieu ou un sobriquet (Hill, Wood, Green, Ford, Brown, Young, Armstrong)▼
Les deux dernières grandes familles. Le lieu désigne l’endroit où l’on habitait dans le village : la colline, le bois, la place verte, le gué. Le sobriquet décrit la personne : brun, jeune, au bras solide. Comme partout, le surnom s’est figé une fois, puis transmis sans plus rien décrire.
Une forme oriente vers une région, elle ne la prouve pas : quatre siècles de migrations internes ont brassé les patronymes dans tout l’archipel.

Le cas gallois, ou pourquoi il y a tant de Jones
C’est l’anomalie la plus intéressante de l’onomastique britannique. Pendant que l’Angleterre fixait ses noms de famille après la conquête normande, le pays de Galles a conservé un système entièrement différent, et il l’a gardé beaucoup plus longtemps.
Dans ce système, il n’existe pas de nom de famille. On s’identifie par une chaîne de filiation : ap ou ab, du gallois mab, le fils, et ferch pour les filles. Un homme pouvait ainsi se présenter comme Llewellyn ap Thomas ab Dafydd ap Evan ap Owen ap John, c’est-à-dire en récitant six générations. Le nom change à chaque naissance, puisqu’il désigne le père, pas la lignée.
Les lois d’union de 1535 à 1542, sous Henri VIII, ont intégré le droit gallois au droit anglais et rendu ce système ingérable pour l’administration. Les noms héréditaires se sont d’abord imposés dans la petite noblesse, puis se sont diffusés lentement, si lentement que la chaîne patronymique s’est maintenue dans les campagnes jusqu’au dix-neuvième siècle.
Le résultat est mécanique. Pour se doter d’un nom fixe, chacun a pris le prénom de son père en y ajoutant un -s. Or le stock de prénoms disponibles était déjà réduit, et la Réforme l’a encore rétréci en écartant une partie des noms de saints. Quelques dizaines de prénoms ont donc alimenté presque tout un pays : John a donné Jones, William a donné Williams, David a donné Davies, Ifan a donné Evans. C’est pour cette raison qu’un annuaire gallois compte, encore aujourd’hui, un nombre de patronymes distincts sans commune mesure avec celui d’un annuaire anglais.
Les cinq fabriques du nom britannique
Chaque ligne, un mécanisme et ses produits les plus courants
Le forgeron, champion incontesté d’Europe
Smith occupe la première place britannique avec une avance qui n’a pas d’équivalent ailleurs. Les relevés historiques donnent la mesure du phénomène : le rapport du Registrar General de 1856 le crédite de 1,36 % de la population, le recensement de 1881 de 1,4 %, et l’enquête de 1930-1931 de 1,699 %. Aucun autre patronyme britannique n’a jamais approché ces parts, Taylor et Brown plafonnant autour de 0,6 à 0,8 %.
Ce qui rend la chose fascinante, c’est qu’on retrouve exactement le même gagnant partout en Europe, sous d’autres orthographes. En Italie, Ferrari occupe la troisième place nationale. En Allemagne, Schmidt domine. En France, le métier se cache derrière sept formes régionales, Lefebvre, Lefèvre, Faure, Fabre, Faivre, Favre et Ferrand, dont le total dépasse Martin.
L’explication est d’une simplicité désarmante : chaque village d’Europe comptait un forgeron, et un seul. C’était l’artisan indispensable, celui qui ferrait les chevaux, réparait les outils et forgeait les socs. Là où le boulanger et le charpentier pouvaient être plusieurs, le forgeron était unique, donc identifiable, donc nommable. Notre comparatif des noms de famille français et celui des noms de famille italiens montrent le même mécanisme à l’œuvre de part et d’autre.
Chez Assortis Moi, nous habillons les tribus de toutes les formes depuis 2018. Nos tenues assorties pour toute la famille sont personnalisées et floquées en France, fabriquées à la commande.
Notre avis de terrain
La chose que je trouve la plus parlante dans ce classement, c’est qu’il contient deux fois le même nom sans que personne ne le remarque. Jones et Johnson veulent dire exactement la même chose, fils de John, et occupent la deuxième et la dixième place. Additionnez-les, ajoutez les Evans qui disent la même chose en gallois ancien, et le prénom Jean écrase tout le reste du tableau. Le vrai champion britannique n’est pas un nom, c’est un prénom de baptême.
Deuxième remarque, sur laquelle on se trompe souvent : la particule Mc n’est pas irlandaise et Mac écossaise. Ce sont deux abréviations du même mot gaélique, et les deux formes se rencontrent des deux côtés de la mer d’Irlande. La graphie dépendait du clerc qui tenait le registre, pas de la nationalité de la famille. Si un test généalogique vous a été vendu sur cette base, il vous a vendu du vent.
Enfin, un conseil pour qui cherche un ancêtre britannique. Le stock de noms est si concentré qu’un Jones ou un Smith seul ne vous mènera nulle part : il vous faut impérativement un second point d’accroche, une paroisse, un métier, une date. Les registres paroissiaux anglais sont parmi les mieux conservés d’Europe et remontent souvent au seizième siècle, mais ils ne vous serviront qu’une fois la paroisse identifiée. Cherchez le lieu d’abord, le nom ensuite.