Smith arrive premier au Royaume-Uni avec une avance qu’aucun autre nom n’approche, et six des dix premiers signifient simplement « fils de ». Quatre d’entre eux sont gallois, ce qui n’est pas un hasard : le pays de Galles a adopté les noms héréditaires trois siècles après l’Angleterre, en puisant dans une réserve minuscule. Voici le classement, ce que chaque nom désignait, et la mécanique des terminaisons en -s, -son, Mac et O’.

M

Par Marion T. · Spécialiste vie de famille chez Assortis Moi

Les effectifs britanniques en valeur absolue varient énormément d’une source à l’autre : je donne donc l’ordre du classement, sur lequel toutes s’accordent, et les parts de population issues des relevés historiques, qui sont autrement plus solides. Mis à jour en septembre 2026 · 7 min de lecture

Les dix noms les plus portés, et ce qu’ils désignaient

#NomTypeCe qu’il désignait
1SmithMétierLe forgeron, du vieil anglais smitan, frapper
2JonesFiliation galloiseFils de John, avec le -s qui remplace le vieux ap
3WilliamsFiliation galloiseFils de William, prénom apporté par la conquête normande
4BrownSobriquetLa couleur des cheveux ou du teint
5TaylorMétierLe tailleur, du normand tailleur passé dans l’anglais médiéval
6DaviesFiliation galloiseFils de David, saint patron du pays de Galles
7WilsonFiliation anglaiseFils de Will, diminutif de William
8EvansFiliation galloiseFils d’Ifan, la forme galloise de Jean
9ThomasPrénomDe l’araméen te’oma, le jumeau. Très porté au pays de Galles
10JohnsonFiliation anglaiseFils de John, la version anglaise de ce que Jones dit en gallois

Deux observations sur ce tableau. La première, c’est la domination de la filiation : six noms sur dix disent « fils de », et deux d’entre eux, Jones et Johnson, disent exactement la même chose dans deux langues. La seconde, c’est le poids gallois : quatre entrées sur dix viennent d’un pays qui pèse moins de 5 % de la population britannique.

Un mot sur l’actualité du classement : les relevés récents font entrer Patel et Singh dans les tout premiers rangs, devant plusieurs noms historiques. Ils racontent les migrations du vingtième siècle depuis le sous-continent indien, exactement comme Garcia et Martinez racontent l’Espagne dans le sud de la France.

Que dit la forme du nom ?

Six signatures, six régions d’origine probable. Ouvrez celle qui correspond.

Il se termine par -s (Jones, Williams, Davies, Evans, Roberts, Hughes, Griffiths)▲

C’est la marque galloise. Ce -s final est un génitif : le fils de John, de William, de David. Il a remplacé le vieux ap quand le pays de Galles est passé aux noms héréditaires, et c’est la méthode qui a produit le plus de patronymes gallois.

Il se termine par -son (Johnson, Wilson, Robinson, Thompson, Jackson)▼

Même sens, autre langue : le fils de. Cette forme est nettement plus dense dans le nord de l’Angleterre, où l’empreinte scandinave est la plus forte. Jones et Johnson sont le même nom, l’un en gallois, l’autre en anglais.

Il commence par Mac, Mc ou O’▼

Encore la filiation, en gaélique cette fois. Mac signifie fils, et l’apostrophe de O’ vient de Ó, le petit-fils ou le descendant. Mac et Mc renvoient à l’Écosse comme à l’Irlande, O’ est une signature irlandaise. Contrairement à une idée reçue, Mc n’est pas la forme irlandaise et Mac l’écossaise : ce sont deux abréviations du même mot.

Il commence par P- ou B- (Price, Powell, Pritchard, Bevan, Bowen)▼

Ce sont des contractions galloises, et elles sont invisibles pour qui ne connaît pas l’astuce. Ap Hywel a donné Powell, ap Rhys a donné Price, ap Richard a donné Pritchard, ab Evan a donné Bevan et ab Owen, Bowen.

La règle : ap se soude en P, ab se soude en B. Une lettre, et tout le patronyme change de visage.

C’est un métier (Smith, Taylor, Wright, Cooper, Baker, Turner, Walker, Clark)▼

L’anglais a conservé le mot du métier tel quel, ce qui rend ces noms transparents : wright l’artisan du bois, cooper le tonnelier, turner le tourneur, clark le clerc.

Quelques-uns sont devenus opaques : walker désignait celui qui foulait le drap aux pieds, fletcher le fabricant de flèches, chandler le marchand de chandelles.

C’est un lieu ou un sobriquet (Hill, Wood, Green, Ford, Brown, Young, Armstrong)▼

Les deux dernières grandes familles. Le lieu désigne l’endroit où l’on habitait dans le village : la colline, le bois, la place verte, le gué. Le sobriquet décrit la personne : brun, jeune, au bras solide. Comme partout, le surnom s’est figé une fois, puis transmis sans plus rien décrire.

Une forme oriente vers une région, elle ne la prouve pas : quatre siècles de migrations internes ont brassé les patronymes dans tout l’archipel.

Une mère et son fils adulte feuillettent un album photo devant la cheminée d'un cottage

Le cas gallois, ou pourquoi il y a tant de Jones

C’est l’anomalie la plus intéressante de l’onomastique britannique. Pendant que l’Angleterre fixait ses noms de famille après la conquête normande, le pays de Galles a conservé un système entièrement différent, et il l’a gardé beaucoup plus longtemps.

Dans ce système, il n’existe pas de nom de famille. On s’identifie par une chaîne de filiation : ap ou ab, du gallois mab, le fils, et ferch pour les filles. Un homme pouvait ainsi se présenter comme Llewellyn ap Thomas ab Dafydd ap Evan ap Owen ap John, c’est-à-dire en récitant six générations. Le nom change à chaque naissance, puisqu’il désigne le père, pas la lignée.

Les lois d’union de 1535 à 1542, sous Henri VIII, ont intégré le droit gallois au droit anglais et rendu ce système ingérable pour l’administration. Les noms héréditaires se sont d’abord imposés dans la petite noblesse, puis se sont diffusés lentement, si lentement que la chaîne patronymique s’est maintenue dans les campagnes jusqu’au dix-neuvième siècle.

Le résultat est mécanique. Pour se doter d’un nom fixe, chacun a pris le prénom de son père en y ajoutant un -s. Or le stock de prénoms disponibles était déjà réduit, et la Réforme l’a encore rétréci en écartant une partie des noms de saints. Quelques dizaines de prénoms ont donc alimenté presque tout un pays : John a donné Jones, William a donné Williams, David a donné Davies, Ifan a donné Evans. C’est pour cette raison qu’un annuaire gallois compte, encore aujourd’hui, un nombre de patronymes distincts sans commune mesure avec celui d’un annuaire anglais.

Les cinq fabriques du nom britannique

Chaque ligne, un mécanisme et ses produits les plus courants

LE MÉTIER Smith, Taylor, Wright, Cooper, Baker, Turner, Walker, Clark, Carter, Thatcher
LA FILIATION Johnson, Wilson, Robinson, Thompson, Jackson, Harrison, et tous les -s gallois
LE LIEU Hill, Wood, Green, Ford, Brook, Underwood, Sutton, Norton, Bradley
LE SOBRIQUET Brown, White, Long, Short, Young, Armstrong, Swift, Sharp
LE CELTIQUE Mac et Mc en Écosse et en Irlande, O’ en Irlande, Price et Powell au pays de Galles

Le forgeron, champion incontesté d’Europe

Smith occupe la première place britannique avec une avance qui n’a pas d’équivalent ailleurs. Les relevés historiques donnent la mesure du phénomène : le rapport du Registrar General de 1856 le crédite de 1,36 % de la population, le recensement de 1881 de 1,4 %, et l’enquête de 1930-1931 de 1,699 %. Aucun autre patronyme britannique n’a jamais approché ces parts, Taylor et Brown plafonnant autour de 0,6 à 0,8 %.

Ce qui rend la chose fascinante, c’est qu’on retrouve exactement le même gagnant partout en Europe, sous d’autres orthographes. En Italie, Ferrari occupe la troisième place nationale. En Allemagne, Schmidt domine. En France, le métier se cache derrière sept formes régionales, Lefebvre, Lefèvre, Faure, Fabre, Faivre, Favre et Ferrand, dont le total dépasse Martin.

L’explication est d’une simplicité désarmante : chaque village d’Europe comptait un forgeron, et un seul. C’était l’artisan indispensable, celui qui ferrait les chevaux, réparait les outils et forgeait les socs. Là où le boulanger et le charpentier pouvaient être plusieurs, le forgeron était unique, donc identifiable, donc nommable. Notre comparatif des noms de famille français et celui des noms de famille italiens montrent le même mécanisme à l’œuvre de part et d’autre.

Chez Assortis Moi, nous habillons les tribus de toutes les formes depuis 2018. Nos tenues assorties pour toute la famille sont personnalisées et floquées en France, fabriquées à la commande.

Notre avis de terrain

La chose que je trouve la plus parlante dans ce classement, c’est qu’il contient deux fois le même nom sans que personne ne le remarque. Jones et Johnson veulent dire exactement la même chose, fils de John, et occupent la deuxième et la dixième place. Additionnez-les, ajoutez les Evans qui disent la même chose en gallois ancien, et le prénom Jean écrase tout le reste du tableau. Le vrai champion britannique n’est pas un nom, c’est un prénom de baptême.

Deuxième remarque, sur laquelle on se trompe souvent : la particule Mc n’est pas irlandaise et Mac écossaise. Ce sont deux abréviations du même mot gaélique, et les deux formes se rencontrent des deux côtés de la mer d’Irlande. La graphie dépendait du clerc qui tenait le registre, pas de la nationalité de la famille. Si un test généalogique vous a été vendu sur cette base, il vous a vendu du vent.

Enfin, un conseil pour qui cherche un ancêtre britannique. Le stock de noms est si concentré qu’un Jones ou un Smith seul ne vous mènera nulle part : il vous faut impérativement un second point d’accroche, une paroisse, un métier, une date. Les registres paroissiaux anglais sont parmi les mieux conservés d’Europe et remontent souvent au seizième siècle, mais ils ne vous serviront qu’une fois la paroisse identifiée. Cherchez le lieu d’abord, le nom ensuite.

Questions fréquentes sur les noms de famille anglais

Quel est le nom de famille le plus répandu au Royaume-Uni ?▲

Smith, et de très loin. Les relevés historiques le créditent de 1,36 % de la population en 1856, 1,4 % au recensement de 1881 et 1,699 % en 1930-1931, quand ses poursuivants immédiats plafonnent autour de 0,6 à 0,8 %. Il désigne le forgeron, du vieil anglais smitan, frapper.

Pourquoi tant de Gallois s’appellent-ils Jones ?▼

Parce que le pays de Galles a adopté les noms héréditaires très tard, à partir des lois d’union de 1535-1542, et que chacun a fabriqué le sien en ajoutant un -s au prénom de son père. Le stock de prénoms disponibles était réduit, et la Réforme l’a encore rétréci. John a donné Jones, William a donné Williams, David a donné Davies.

Que signifie le -son à la fin d’un nom anglais ?▼

Fils de, exactement comme le -s gallois. Johnson est le fils de John, Wilson le fils de Will, Robinson le fils de Robin. Cette forme est plus dense dans le nord de l’Angleterre, où l’influence scandinave a été la plus forte.

Mac est-il écossais et Mc irlandais ?▼

Non, c’est une idée reçue tenace. Mac signifie fils en gaélique, et Mc n’en est qu’une abréviation graphique. Les deux formes existent en Écosse comme en Irlande, et leur choix dépendait du clerc qui rédigeait l’acte. En revanche, le préfixe O’ est bien une signature irlandaise : il vient de Ó, le petit-fils ou le descendant.

Que veulent dire Price, Powell ou Bevan ?▼

Ce sont des contractions galloises du système patronymique. Ap Rhys a donné Price, ap Hywel a donné Powell, ap Richard a donné Pritchard. Avec la variante ab, la soudure donne un B : ab Evan devient Bevan, ab Owen devient Bowen.

Que signifie le nom Walker ?▼

Il ne désigne pas un marcheur mais un fouleur de drap : l’ouvrier qui piétinait le tissu dans un bain pour le feutrer. C’est l’un des noms de métier devenus opaques, avec Fletcher, le fabricant de flèches, et Chandler, le marchand de chandelles.

Comment retrouver un ancêtre anglais ?▼

Identifiez la paroisse avant le nom. Les registres paroissiaux anglais comptent parmi les mieux conservés d’Europe et remontent fréquemment au seizième siècle, mais un patronyme aussi courant que Smith ou Jones vous noiera sous les homonymes sans un second point d’accroche : un lieu, un métier ou une date précise.

Écrit par

Marion T.

Passionnée de mode familiale et de créations coordonnées, j'accompagne les familles, couples et amis dans le choix de leurs tenues assorties depuis 2018. Je partage ici mes conseils style, mes idées cadeaux et les tendances du moment pour des moments partagés avec style. Maman de deux enfants j'ai adopté le Matchy Matchy dès leur naissance !

273 articles publiés