Rossi domine le classement italien avec près de 78 000 foyers, devant Russo, Ferrari et Esposito. Trois des dix premiers décrivent une couleur de cheveux, un désigne un forgeron, et le quatrième n’est pas un nom de famille au sens ordinaire : c’est celui qu’on donnait aux enfants abandonnés. Voici le top 20 avec ce que chacun désignait, la mécanique des terminaisons, et pourquoi tant de ces noms figurent dans l’annuaire français.

M

Par Marion T. · Spécialiste vie de famille chez Assortis Moi

Les effectifs viennent du relevé Cognomix, la référence italienne en onomastique, qui compte en foyers et non en individus. Au-delà du dixième rang, l’ordre varie légèrement d’un relevé à l’autre : je le signale plutôt que de donner une fausse précision. Mis à jour en septembre 2026 · 6 min de lecture

Les dix noms les plus portés en Italie

#NomFoyersCe qu’il désignait
1Rossi≈ 77 900De rosso, roux. Domine le Nord et le Centre
2Russo≈ 50 300Exactement le même mot, dans sa forme méridionale. Sicile et Campanie
3Ferrari≈ 44 700Du latin ferrarius, le forgeron. Très implanté en Émilie-Romagne
4Esposito≈ 35 600« Exposé ». Attribué aux enfants abandonnés, surtout en Campanie
5Bianchi≈ 31 600Le teint pâle ou les cheveux très clairs
6Romano≈ 29 500Venu de Rome, ou revenu d’un pèlerinage romain
7Colombo≈ 28 800La colombe. Nom d’enfant trouvé à Milan, d’où sa densité en Lombardie
8Bruno≈ 27 200Brun de peau ou de cheveux, ou ancien prénom
9Ricci≈ 25 000De riccio, frisé
10Marino≈ 23 700La mer, le métier de marin, ou le prénom Marino

Les dix suivants complètent le tableau, dans un ordre qui varie légèrement selon les relevés. Greco désigne un Grec ou un venu du sud byzantin. Gallo, le coq, était un sobriquet de fierté ou de démarche. Conti renvoie au comte, mais désignait bien plus souvent quelqu’un au service d’un comte que le comte lui-même. De Luca signifie fils de Luca. Costa, c’est le versant, la côte. Giordano vient d’un prénom rapporté des pèlerinages. Mancini désignait un gaucher, Rizzo est la forme du sud de Ricci, Lombardi celui qui venait de Lombardie, et Moretti un diminutif de moro, le teint sombre.

Une chose saute aux yeux quand on lit cette colonne de droite : sur vingt noms, une bonne moitié décrit l’apparence physique d’un ancêtre. Roux, blanc, brun, frisé, gaucher. Le classement italien est un inventaire de surnoms de village, figé par les registres paroissiaux.

Que dit la forme de votre nom ?

Six signatures graphiques, six pistes. Ouvrez celle qui correspond à l’orthographe du vôtre.

Il se termine par -i (Rossi, Ferrari, Bianchi, Conti)▲

C’est un pluriel. Le nom ne désigne pas une personne mais une maisonnée : i Rossi, ceux de chez Rosso. Cette forme domine le Nord et le Centre, et c’est la plus répandue à l’échelle du pays.

Il se termine par -o (Russo, Romano, Marino, Gallo)▼

Le singulier, resté tel quel. C’est la marque du Sud et de la Sicile, où le surnom individuel n’est jamais passé au pluriel familial. Russo et Rossi sont le même mot séparé par cinq cents kilomètres.

Il commence par De, Di, Da, Della, Dal, Lo ou La▼

Deux lectures possibles, et la suite du nom tranche. Suivi d’un prénom, c’est une filiation : De Luca, Di Stefano, De Angelis. Suivi d’un lieu, c’est une provenance : Da Vinci désigne simplement celui qui venait de Vinci.

Là non plus, aucune noblesse : la particule italienne est une préposition, pas un titre.

Il contient -ini, -etti, -elli, -ello (Mancini, Moretti, Martinelli)▼

Ce sont des diminutifs : le petit, le jeune, le fils de. Martinelli, c’est le petit Martino. Moretti, le petit brun. Ces suffixes ont produit à eux seuls des milliers de patronymes, parce qu’ils permettaient de distinguer deux personnes du même nom dans une même paroisse.

Il contient -one, -oni, -otto (Simoni, Grassone, Bassotto)▼

L’inverse du précédent : des augmentatifs. Le grand, le gros, l’imposant. Le système italien permet ainsi de décliner un même mot de base en une famille entière de patronymes, du plus petit au plus grand.

C’est Esposito, Colombo, Innocenti, Proietti, Trovato ou Casagrande▼

Votre nom vient probablement d’un hospice. Ce sont les patronymes attribués aux enfants abandonnés, chaque ville ayant le sien. La section suivante détaille lequel appartenait à quelle ville, et pourquoi ça complique une recherche généalogique.

Une forme peut tromper : seule la carte de répartition, croisée avec un dictionnaire étymologique, confirme une piste pour un nom donné.

Les mains d'une femme âgée tiennent une photographie ancienne près d'un registre ouvert

Les noms d’hospice, la face cachée du classement

C’est le fait le plus surprenant de l’onomastique italienne, et celui qui explique la présence d’Esposito à la quatrième place : entre le treizième et la fin du dix-neuvième siècle, les enfants abandonnés recevaient un patronyme attribué par l’institution qui les recueillait. Chaque ville avait le sien, et ces noms se comptent aujourd’hui par centaines de milliers de porteurs.

Esposito vient de l’italien esposto, exposé, au sens de déposé au tour d’abandon. Innocenti renvoie aux innocents, Incogniti aux inconnus, Ospizio à l’hospice lui-même. Ces mots ne décrivaient ni un métier, ni un lieu, ni un ancêtre : ils décrivaient une situation.

Chaque ville, son nom d’enfant trouvé

Le patronyme dit d’où venait l’hospice, pas d’où venait la famille

MILAN Colombo, attribué systématiquement de 1475 à 1825. Trois siècles et demi de registres, et le septième nom d’Italie
NAPLES, CAMPANIE Esposito et sa variante Degli Esposti, le cas le plus massif du pays
ROME Proietti, du latin proiectus, celui qu’on a jeté devant soi
SIENNE Della Scala, du nom de l’hospice qui recueillait les enfants
GÊNES, LIGURIE Casagrande et Della Casagrande, littéralement « de la grande maison »
BOLOGNE, 1862 Nouvelle consigne : puiser dans les trois règnes naturels. D’où les Sassi, Rosa, Leoni, Pietra du nord de l’Italie

Cette pratique a une conséquence directe pour qui remonte sa généalogie : un nom d’hospice est un mur. Il ne renvoie à aucun ascendant, et la piste ne reprend qu’en accédant aux registres de l’institution, quand ils existent encore et qu’ils mentionnent un détail permettant l’identification. Beaucoup de recherches italiennes s’arrêtent là, et c’est une raison documentaire, pas un défaut de méthode.

Pourquoi tant de noms italiens dans l’annuaire français

Les chiffres sont massifs et souvent sous-estimés. En 1911, les Italiens forment déjà la première communauté étrangère de France avec 420 000 personnes, soit plus d’un tiers des étrangers du pays. Le recensement de 1931 marque le sommet : 808 038 résidents italiens. Après la guerre, le flux repart, 571 694 en 1968, avant que les Espagnols puis les Portugais ne prennent le relais.

Aujourd’hui, les estimations du nombre de Français ayant au moins un ascendant italien tournent autour de quatre à cinq millions de personnes, selon les travaux universitaires. C’est la raison pour laquelle Rossi, Ferrari, Moretti ou Esposito figurent dans à peu près tous les annuaires de Lorraine, du bassin stéphanois, de Nice ou de la banlieue parisienne.

Ces régions d’installation ne doivent rien au hasard : les bassins miniers et sidérurgiques, les chantiers et les zones agricoles du Sud-Est ont concentré l’essentiel des arrivées. Un nom italien porté aujourd’hui dans la Meurthe-et-Moselle raconte presque toujours une embauche à la mine ou à l’usine, deux ou trois générations plus haut.

Si vous voulez remonter cette piste, la méthode change selon le côté de la frontière : notre guide sur l’origine du nom de famille explique comment lire une forme et croiser les cartes de répartition, et celui sur les noms de famille français donne le classement de ce côté-ci des Alpes.

Chez Assortis Moi, nous habillons les tribus de toutes les formes depuis 2018. Nos tenues assorties pour toute la famille sont personnalisées et floquées en France, fabriquées à la commande.

Notre avis de terrain

Ce qui me frappe dans ce classement, c’est son caractère physique. Roux, blanc, brun, frisé, gaucher : les Italiens se sont nommés en se regardant. Là où les Français ont massivement transmis des prénoms de baptême, l’Italie a figé des surnoms d’allure, et le résultat est un annuaire qui ressemble à une galerie de portraits.

Le deuxième enseignement est moins léger. Un nom sur plusieurs dans le haut de ce classement ne vient pas d’une famille mais d’une institution. Esposito à la quatrième place, Colombo à la septième : derrière ces deux lignes, il y a des siècles de tours d’abandon et d’enfants inscrits sous le nom d’un bâtiment. Ce n’est pas un détail anecdotique, c’est une part considérable de la démographie italienne, et ça mérite d’être dit autrement que comme une curiosité étymologique.

Dernier conseil pratique, si vous cherchez vos ascendants transalpins. Commencez par la commune, pas par le nom. Les registres d’état civil italiens sont tenus au niveau communal et rarement centralisés, alors qu’un patronyme courant vous noiera immédiatement sous les homonymes. Trouvez le village dans les papiers d’immigration français, et la recherche devient soudain praticable.

Questions fréquentes sur les noms de famille italiens

Quel est le nom de famille le plus répandu en Italie ?▲

Rossi, avec environ 77 900 foyers selon le relevé Cognomix, devant Russo (50 300) et Ferrari (44 700). Rossi vient de rosso et désignait un ancêtre roux. Russo est exactement le même mot dans sa forme méridionale : ensemble, ils dépassent largement tous les autres.

Que signifie le nom Esposito ?▼

« Exposé », au sens de déposé à un tour d’abandon. C’était le patronyme attribué aux enfants abandonnés, principalement en Campanie et dans la région de Naples. Sa quatrième place au classement national tient entièrement à cette pratique institutionnelle, qui a duré jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle.

Pourquoi tant de noms italiens se terminent-ils par -i ?▼

Parce que c’est un pluriel. Le nom ne désigne pas un individu mais une maisonnée : i Rossi, ceux de chez Rosso. Cette forme s’est imposée au Nord et au Centre. Le Sud et la Sicile ont conservé le singulier, d’où Russo, Romano ou Gallo.

Une particule De ou Di indique-t-elle une origine noble ?▼

Non, pas plus qu’en français. C’est une préposition : suivie d’un prénom elle marque la filiation (De Luca, fils de Luca), suivie d’un lieu elle marque la provenance (Da Vinci, de Vinci). La noblesse italienne se signalait par des titres, pas par cette forme-là.

Comment reconnaître un nom du Nord d’un nom du Sud ?▼

La terminaison donne une première indication : -i pour le Nord et le Centre, -o pour le Sud et la Sicile. Russo et Rossi, Rizzo et Ricci sont des paires du même mot séparées par la géographie. Ce repère reste indicatif, les migrations internes ayant brassé les formes depuis longtemps.

Combien de Français ont un ancêtre italien ?▼

Les estimations universitaires situent le nombre de personnes ayant au moins un ascendant italien entre quatre et cinq millions. Les Italiens ont été la première communauté étrangère de France dès 1911, avec 420 000 personnes, et ont culminé à 808 038 résidents au recensement de 1931.

Comment retrouver ses ancêtres en Italie ?▼

Commencez par identifier la commune d’origine dans les papiers d’immigration français, pas par le patronyme. Les registres italiens sont tenus au niveau communal et rarement regroupés, et un nom courant vous noierait sous les homonymes. Si le nom est un nom d’hospice, la filiation ne pourra être reprise qu’à travers les archives de l’institution.

Écrit par

Marion T.

Passionnée de mode familiale et de créations coordonnées, j'accompagne les familles, couples et amis dans le choix de leurs tenues assorties depuis 2018. Je partage ici mes conseils style, mes idées cadeaux et les tendances du moment pour des moments partagés avec style. Maman de deux enfants j'ai adopté le Matchy Matchy dès leur naissance !

273 articles publiés