Rossi domine le classement italien avec près de 78 000 foyers, devant Russo, Ferrari et Esposito. Trois des dix premiers décrivent une couleur de cheveux, un désigne un forgeron, et le quatrième n’est pas un nom de famille au sens ordinaire : c’est celui qu’on donnait aux enfants abandonnés. Voici le top 20 avec ce que chacun désignait, la mécanique des terminaisons, et pourquoi tant de ces noms figurent dans l’annuaire français.
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Les dix noms les plus portés en Italie
| # | Nom | Foyers | Ce qu’il désignait |
|---|---|---|---|
| 1 | Rossi | ≈ 77 900 | De rosso, roux. Domine le Nord et le Centre |
| 2 | Russo | ≈ 50 300 | Exactement le même mot, dans sa forme méridionale. Sicile et Campanie |
| 3 | Ferrari | ≈ 44 700 | Du latin ferrarius, le forgeron. Très implanté en Émilie-Romagne |
| 4 | Esposito | ≈ 35 600 | « Exposé ». Attribué aux enfants abandonnés, surtout en Campanie |
| 5 | Bianchi | ≈ 31 600 | Le teint pâle ou les cheveux très clairs |
| 6 | Romano | ≈ 29 500 | Venu de Rome, ou revenu d’un pèlerinage romain |
| 7 | Colombo | ≈ 28 800 | La colombe. Nom d’enfant trouvé à Milan, d’où sa densité en Lombardie |
| 8 | Bruno | ≈ 27 200 | Brun de peau ou de cheveux, ou ancien prénom |
| 9 | Ricci | ≈ 25 000 | De riccio, frisé |
| 10 | Marino | ≈ 23 700 | La mer, le métier de marin, ou le prénom Marino |
Les dix suivants complètent le tableau, dans un ordre qui varie légèrement selon les relevés. Greco désigne un Grec ou un venu du sud byzantin. Gallo, le coq, était un sobriquet de fierté ou de démarche. Conti renvoie au comte, mais désignait bien plus souvent quelqu’un au service d’un comte que le comte lui-même. De Luca signifie fils de Luca. Costa, c’est le versant, la côte. Giordano vient d’un prénom rapporté des pèlerinages. Mancini désignait un gaucher, Rizzo est la forme du sud de Ricci, Lombardi celui qui venait de Lombardie, et Moretti un diminutif de moro, le teint sombre.
Une chose saute aux yeux quand on lit cette colonne de droite : sur vingt noms, une bonne moitié décrit l’apparence physique d’un ancêtre. Roux, blanc, brun, frisé, gaucher. Le classement italien est un inventaire de surnoms de village, figé par les registres paroissiaux.
Que dit la forme de votre nom ?
Six signatures graphiques, six pistes. Ouvrez celle qui correspond à l’orthographe du vôtre.
Il se termine par -i (Rossi, Ferrari, Bianchi, Conti)▲
C’est un pluriel. Le nom ne désigne pas une personne mais une maisonnée : i Rossi, ceux de chez Rosso. Cette forme domine le Nord et le Centre, et c’est la plus répandue à l’échelle du pays.
Il se termine par -o (Russo, Romano, Marino, Gallo)▼
Le singulier, resté tel quel. C’est la marque du Sud et de la Sicile, où le surnom individuel n’est jamais passé au pluriel familial. Russo et Rossi sont le même mot séparé par cinq cents kilomètres.
Il commence par De, Di, Da, Della, Dal, Lo ou La▼
Deux lectures possibles, et la suite du nom tranche. Suivi d’un prénom, c’est une filiation : De Luca, Di Stefano, De Angelis. Suivi d’un lieu, c’est une provenance : Da Vinci désigne simplement celui qui venait de Vinci.
Là non plus, aucune noblesse : la particule italienne est une préposition, pas un titre.
Il contient -ini, -etti, -elli, -ello (Mancini, Moretti, Martinelli)▼
Ce sont des diminutifs : le petit, le jeune, le fils de. Martinelli, c’est le petit Martino. Moretti, le petit brun. Ces suffixes ont produit à eux seuls des milliers de patronymes, parce qu’ils permettaient de distinguer deux personnes du même nom dans une même paroisse.
Il contient -one, -oni, -otto (Simoni, Grassone, Bassotto)▼
L’inverse du précédent : des augmentatifs. Le grand, le gros, l’imposant. Le système italien permet ainsi de décliner un même mot de base en une famille entière de patronymes, du plus petit au plus grand.
C’est Esposito, Colombo, Innocenti, Proietti, Trovato ou Casagrande▼
Votre nom vient probablement d’un hospice. Ce sont les patronymes attribués aux enfants abandonnés, chaque ville ayant le sien. La section suivante détaille lequel appartenait à quelle ville, et pourquoi ça complique une recherche généalogique.
Une forme peut tromper : seule la carte de répartition, croisée avec un dictionnaire étymologique, confirme une piste pour un nom donné.

Les noms d’hospice, la face cachée du classement
C’est le fait le plus surprenant de l’onomastique italienne, et celui qui explique la présence d’Esposito à la quatrième place : entre le treizième et la fin du dix-neuvième siècle, les enfants abandonnés recevaient un patronyme attribué par l’institution qui les recueillait. Chaque ville avait le sien, et ces noms se comptent aujourd’hui par centaines de milliers de porteurs.
Esposito vient de l’italien esposto, exposé, au sens de déposé au tour d’abandon. Innocenti renvoie aux innocents, Incogniti aux inconnus, Ospizio à l’hospice lui-même. Ces mots ne décrivaient ni un métier, ni un lieu, ni un ancêtre : ils décrivaient une situation.
Chaque ville, son nom d’enfant trouvé
Le patronyme dit d’où venait l’hospice, pas d’où venait la famille
Cette pratique a une conséquence directe pour qui remonte sa généalogie : un nom d’hospice est un mur. Il ne renvoie à aucun ascendant, et la piste ne reprend qu’en accédant aux registres de l’institution, quand ils existent encore et qu’ils mentionnent un détail permettant l’identification. Beaucoup de recherches italiennes s’arrêtent là, et c’est une raison documentaire, pas un défaut de méthode.
Pourquoi tant de noms italiens dans l’annuaire français
Les chiffres sont massifs et souvent sous-estimés. En 1911, les Italiens forment déjà la première communauté étrangère de France avec 420 000 personnes, soit plus d’un tiers des étrangers du pays. Le recensement de 1931 marque le sommet : 808 038 résidents italiens. Après la guerre, le flux repart, 571 694 en 1968, avant que les Espagnols puis les Portugais ne prennent le relais.
Aujourd’hui, les estimations du nombre de Français ayant au moins un ascendant italien tournent autour de quatre à cinq millions de personnes, selon les travaux universitaires. C’est la raison pour laquelle Rossi, Ferrari, Moretti ou Esposito figurent dans à peu près tous les annuaires de Lorraine, du bassin stéphanois, de Nice ou de la banlieue parisienne.
Ces régions d’installation ne doivent rien au hasard : les bassins miniers et sidérurgiques, les chantiers et les zones agricoles du Sud-Est ont concentré l’essentiel des arrivées. Un nom italien porté aujourd’hui dans la Meurthe-et-Moselle raconte presque toujours une embauche à la mine ou à l’usine, deux ou trois générations plus haut.
Si vous voulez remonter cette piste, la méthode change selon le côté de la frontière : notre guide sur l’origine du nom de famille explique comment lire une forme et croiser les cartes de répartition, et celui sur les noms de famille français donne le classement de ce côté-ci des Alpes.
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Notre avis de terrain
Ce qui me frappe dans ce classement, c’est son caractère physique. Roux, blanc, brun, frisé, gaucher : les Italiens se sont nommés en se regardant. Là où les Français ont massivement transmis des prénoms de baptême, l’Italie a figé des surnoms d’allure, et le résultat est un annuaire qui ressemble à une galerie de portraits.
Le deuxième enseignement est moins léger. Un nom sur plusieurs dans le haut de ce classement ne vient pas d’une famille mais d’une institution. Esposito à la quatrième place, Colombo à la septième : derrière ces deux lignes, il y a des siècles de tours d’abandon et d’enfants inscrits sous le nom d’un bâtiment. Ce n’est pas un détail anecdotique, c’est une part considérable de la démographie italienne, et ça mérite d’être dit autrement que comme une curiosité étymologique.
Dernier conseil pratique, si vous cherchez vos ascendants transalpins. Commencez par la commune, pas par le nom. Les registres d’état civil italiens sont tenus au niveau communal et rarement centralisés, alors qu’un patronyme courant vous noiera immédiatement sous les homonymes. Trouvez le village dans les papiers d’immigration français, et la recherche devient soudain praticable.